Liberté pour Nahuel, membre du collectif Straight Edge Madrid ! – Lettre depuis la prison

Nahuel est le dernier membre du collectif Straight Edge Madrid a être retenu prisonnier suite aux arrestations effectuées en novembre par la police judiciaire espagnole dans le cadre de l’opération « Ice ». Cette opération visait entre autre les militant.e.s de ce collectif, aujourd’hui dissout. Nous voulions partager la lettre qu’il a envoyé depuis la prison de Madrid au collectif Free Joel (https://www.facebook.com/freejoel/).

Traduction par xMorsureAnimalex, groupe lyonnais d’information sur les luttes sociales, le veganisme et le straight edge. https://www.facebook.com/X-Morsure-Animale-X-673380382748873/?fref=ts

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_ Rappel des faits :

Six militant.e.s du collectif ont été arrêté.e.s le 4 novembre et accusé.e.s d’appartenir à une organisation criminelle à but terroriste, d’apologie du terrorisme, de divers dommage matériels à Madrid et Barcelone. On les accuse notamment d’avoir attaqué quatre succursales de banques avec des dispositifs incendiaires. Pour étayer ces accusations, les agent.e.s de la brigade d’intervention de la police nationale déclarent avoir trouvé du matériel pour fabriquer des explosifs, de la poudre, et des manuels de fabrication de bombes.

L’Espagne mène actuellement une lutte contre la mouvance anarchiste, et les militant.e.s sont accusé.e.s de faire partie des GAC (Grupos Anarquistas Coordinados : les Groupes Anarchistes Coordonnés), car des documents concernant les anarchistes arrêtés le 30 mars lors de l’opération « Piñata » ont été trouvés lors des perquisitions.

Deux militants sont directement envoyés en prison. Les quatre autres sont libéré.e.s sous caution le 6 novembre, après avoir passé deux jours au poste de police.
Le 20 novembre, soit 16 jours après son arrestation, Borja est libéré. On ne sait pas si une caution a été versée.

Aucune des vidéos fournies par la police n’a pu prouver la présence d’un quelconque dispositif incendiaire lors des perquisitions. Pourtant, Nahuel est toujours incarcéré.

Depuis la prison, Nahuel a un message fort à nous faire passer, prenez cinq minutes pour le lire.

Je suis peut-être seul ici mais grâce à tou.te.s mes frères et soeurs à travers le monde je reçois de la chaleur et de la paix ; j’aime vraiment lire toutes les lettres que vous m’envoyez.
Je ressens votre amitié. Vous êtes près de moi.

Merci à tou.te.s. Je voudrais spécialement remercier Valentino de xCenerex, les mecs de To Ashes et de Wolf Down, Joel et sa copine, xIronx, les gens de Berlin SXE et tous les collectifs pour les droits des animaux qui me soutiennent à travers le monde.

En prison, c’est vraiment hyper dur d’être vegan et non-consommateur de drogues. Les drogues sont très présentes dans la vie quotidienne, et pas seulement celles qui sont illégales. Les docteurs donnent aux prisonniers des cachets qui les transforment en zombies, et si vous leur causez trop de problèmes ils vous font prendre du Lexatin (de force) ; cette merde vous défonce complètement, vous devenez un mort vivant.

Dernièrement, j’ai parlé des difficultés que je rencontrais en étant vegan en prison, mais le deal de drogue est un sérieux problème. Les prisonniers sont presque tous les jours bourrés ou défoncés, les drogues rentrent sans problème et sont facilement consommées et revendues. Je suis dans un bloc (le module 3) qui est sensé être spécialement conçu pour garder les personnes qui ont des problèmes d’addiction, mais ça ne marche pas. Parfois quand je rentre dans les sanitaires je peux sentir l’héroïne brûler, et je dois vraiment faire attention aux pipes cassées et aux aiguilles qui traînent sur le sol.
Parfois on voit des prisonniers qui parlent ou rigolent tout seul, ou qui hurlent contre quelque chose, ou qui peuvent être paralysés pendant quelques minutes. Du vomi sur le sol, des personnes avec des difficultés respiratoires, c’est des choses courantes les mercredi, le jour où l’on reçoit l’argent de nos famille.

Je ne peux pas leur en vouloir, je pense que c’est la solution qu’ils ont trouvé pour échapper à cette réalité de merde. Chaque jour ressemble au précédent. On se lève à la même heure, on mange, on se promène, on lit et on dort. Et tout recommence, encore et encore. Certains d’entre eux ont perdu leur famille, leur femme, pour d’autres les gens à l’extérieur n’en ont rien à foutre. La souffrance quotidienne, et le fait de vivre dans un endroit rempli de gens, plus de 100 personnes, est vraiment dur. Et c’est un bloc qui « aide » les gens avec des problèmes d’addiction. Je ne peux même pas imaginer la situation dans les autres blocs.
De l’autre côté, on a les drogues légales. Les drogues de l’état, les bonnes drogues, ces foutues pilules qui vous transforment en zombie errant dans le bloc. Et il y a la pilule spéciale pour ceux qui se rebellent. Aujourd’hui on a une pilule pour chaque problème, une drogue spéciale qui peut soigner chaque maladie, qu’elle soit réelle ou non. Et être un rebelle ou refuser de se soumettre c’est une maladie très grave ici ; si tu te rebelles, tu es malade, et les gentils docteurs de la prison ont une drogue spécialement pour toi. Etre pauvre doit aussi être une maladie, puisque les docteurs ont aussi des pilules pour ceux qui volent. Se battre pour ce en quoi tu crois ? Il y a un remède à ça, qui s’appelle la liberté, mais je suppose que c’est plus simple d’enfermer les gens dans des quartiers de haute sécurité (FIES).

Les prisonniers sont conscients qu’il y a un problème avec la drogue, tous ne sont pas accro à une drogue, certains d’entre eux ne boivent même pas d’alcool. Pour moi, la fumée est aussi un gros problème. Sérieux, dans n’importe quelle pièce où je vais, il y a quelqu’un qui fume. Mais dans ce bloc qui s’occupe des problèmes de drogue, fumer des clopes n’est pas vu comme un problème. Comme l’un des travailleurs m’a dit, « interdire la clope serait radical ». Mais pourtant il y a plein de prisonniers avec un cancer du poumon, et personne ne semble faire la connexion.

Ici, quand je dis que je ne consomme pas de drogues, les gens me prennent pour un mec bizarre. Mais quand je dis que je suis vegan (ou « végétarien radical » comme ils m’appellent), ils me prennent pour un alien. Certains prisonniers m’ont dit : « Mais si tu ne bois pas, ne fumes pas, ne prends pas de drogues, et ne manges pas de viande… Pourquoi t’es là ? »
Ils ne comprennent pas le veganisme, seulement deux d’entre eux ont essayé d’être végétariens. Mais parfois ils admirent mon style de vie sans drogue. Certains d’entre eux ont même cru que je faisais partie d’une espèce de religion bizarre quand je leur ai dit que je ne buvais pas de café.

Je suis content qu’après avoir parlé du fait que je ne prenne pas de drogues avec certains prisonniers, trois d’entre eux aient arrêté de fumer devant moi. Pour moi, c’est quelque chose de bien, qui montre qu’ils sont de bonnes personnes.
90% des prisonniers sont ici pour deux raisons : la pauvreté et bien sûr, la drogue. Pour vente, trafic, ou recel de drogue, ou pour des crimes commis sous l’influence de la drogue. Ouai, c’est mal, mais la prison n’est pas la solution. Ça ne le sera jamais. D’ailleurs certains d’entre eux sont devenus des junkies après leur arrivée ici.

Cet endroit est comme un monstre qui dévore les gens. Un monstre créé par et pour le système. Un jour, les prisons feront parti du passé. Ce jour viendra. Mais pour l’instant, la résistance est le seul moyen de réaliser cela.
Personne ne croyait que l’empire romain s’effondrerait.

Ça fait plus de deux mois que je suis en prison. J’ai été arrêté avec d’autres ami.e.s parce qu’on faisait partie de Straight Edge Madrid. Le gouvernement nous considère comme un groupe terroriste. La raison ? Avoir participé à une manifestation contre le gouvernement, ici en Espagne. Parce qu’on fait partie de ces gens qui ne laissent pas seul.e.s celleux qui ont perdu leur maison. Moi, comme mes ami.e.s, faisions parti du mouvement contre les expulsions, et du mouvement de libération animale.

Ils nous appellent des terroristes. Ils disent que je suis un terroriste. Mais nous étions un groupe d’ami.e.s qui voulions créer un espace sans drogue au sein de la scène hardcore anarchiste et antifasciste de Madrid. Nous voulions montrer qu’être Straight Edge, c’est plus que des chaussures super chères, mosher et faire du stage dancing. C’est montrer autre chose, avoir un impact. J’utilise ma sobriété pour aider celleux qui veulent combattre leurs addictions. Je l’utilise pour combattre l’injustice et l’oppression, et revendiquer la libération animale et humaine. C’est mon crime, être un dissident.
Je suis un prisonnier en FIES-3, un prisonnier en quartier de haute sécurité considéré comme terroriste. Je peux seulement envoyer deux lettres par semaine, tous mes appels sont écoutés et je suis toujours surveillé. Je ne veux pas parler de ma tristesse ou de ma souffrance, si vous voulez savoir ce qu’est le FIES vous pouvez lire le livre « Huye, hombre huye » de Xosé Tarrio, un autre prisonnier en FIES. Je crois qu’en allemand c’est « hay ab, mensch ». Je me sens brisé, mais j’ai le soutien de mes ami.e.s, des gens que j’aime, de ma mère. Elle m’a dit : « Si tu tombes, c’est pas grave. Je serais là pour te relever. ». Donc résister est la seule chose à laquelle je pense maintenant.

C’est super dur d’être vegan ici, mais pas impossible. Et dans tous les cas, la vie des animaux dans les fermes, les zoos et les laboratoires est bien plus difficile que ça. Même si je ne dois manger que du pain et des pâtes je ne soutiendrais pas la cruauté faite aux animaux. Je suis aussi heureux d’être straight edge, et de ne pas faire partie du monde de la drogue. Je ne « breakerais » jamais. [1]

Je suis en prison. C’est une chose à laquelle je dois être capable de faire face. Je ne suis pas libre, c’est un fait, mais il y a encore beaucoup d’animaux que vous pouvez libérer, qui appellent à l’aide, qui nous demandent de les libérer. Il y a tellement de gens qui ont tout perdu et qui risquent leurs vies en ce moment même pour avoir une chance de prendre un nouveau départ. Ma situation n’est rien comparée à celle de celleux qui souffrent toute leur vie.

Je n’écris pas tout ça pour avoir du soutien, mais parce que je veux que ma voix soit entendue (ou lue) au-delà de ces murs. Je ne veux pas que vous me souteniez. Je veux que vous souteniez le mouvement de libération animale, le mouvement de libération de la Terre. Chaque action est une étape dans la construction d’un monde meilleur. A vous tou.te.s, membres des milieux vegan, straight edge, punk, hardcore. Je suis ici parce que dans ce monde, il n’y a que deux options, obéir ou se battre, et j’ai choisi la seconde. La plus dure. Je suis loin de ma famille et de celleux que j’aime, mais j’espère que cette lettre pourra me rapprocher de vous tou.te.s.

Je sais que ce que je vous dis peux sembler fou, mais ce n’est pas impossible. Si nous restons uni.e.s, tout devient possible. Pour tou.te.s celleux qui se sont battu.e.s contre l’injustice afin de concrétiser ce rêve d’un monde meilleur. Pour tou.te.s celleux qui se battent encore, partout dans le monde, pour que cela arrive. C’est seulement en créant des espaces sûrs pour tout le monde, en tissant des liens de solidarité avec les autres camarades que nous rendrons cela possible.
Je suis pauvre, immigrant (péruvien), un « sale latino » pour les flics. Je suis Vegan Straight Edge. Ce monde est tellement pourri, mais je crois encore que nous avons le pouvoir de le changer. Accordez-moi une faveur, faites que ce nouveau monde devienne une réalité.

Pour écrire à Nahuel :
Juan Manuel Bustamante Vergara
Centro penitenciario Madrid IV, Navalcarnero
Ctra. N-V, km. 27.7
28600 Navalcarnero, Madrid, España.

Une campagne d’envoi de lettre au directeur du centre pénitencier de Madrid IV- Navalcarnero est en cours pour demander à ce que Nahuel puisse obtenir de la nourriture végane, droit qui lui est actuellement refusé. Vous trouverez toutes les informations ici : https://xconfrontationx.wordpress.com/2016/01/18/nahuel-a-besoin-de-nous/

 

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Notes

[1Breaker : dans le mouvement straight edge, cela désigne l’action de recommencer à boire de l’alcool, consommer des drogues, fumer. Le straight edge est vu comme un engagement, une promesse, et revenir dessus n’est pas envisageable, cela est perçu comme une sorte d’échec.
source : https://xconfrontationx.wordpress.com/2016/01/18/lettre-de-nahuel/

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